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Le collectif dans les années à venir… par Pierre Janin



    La vie des groupes humains s’organise autour d’un équilibrage entre les enjeux de la sécurité collective et de la cohésion sociale, et ceux des libertés individuelles. Celles-ci trouvent de la place pendant les périodes de paix, favorables aux échanges, à l’innovation, au développement des arts, de la philosophie, de la littérature, des sciences et des techniques. Par contre quand le groupe, ou ses dirigeants, se sentent en insécurité ou en danger – dans les environnements naturels hostiles, ou dans les périodes de guerre civile ou extérieure - une discipline reflétant la nécessaire solidarité collective prévaut sur les différences et les libertés des individus ; des normes strictes d’action, de pensée, même de croyances sont définies ; généralement ces périodes ont été plus conservatrices, moins fécondes en innovations, et pour certaines très répressives ou même carrément destructrices. Qu’on pense au christianisme autoritaire voire meurtrier qu’on a vu à l’œuvre au cours de cinq siècles d’Inquisition, dans les guerres de religion, ou dans les conversions forcées en terres dites païennes ; ou bien aux millions de victimes des fanatismes persécutifs nazis ou soviétiques ; ou encore aux toutes récentes vagues génocidaires en divers endroits du monde.


    Quelle est la situation aujourd’hui ? Globalement dans notre Occident ouest-européen et nord-américain, sur le plan strict des conflits internes ou externes nous sommes depuis plus de cinquante ans dans une période de paix ; entre autres, les vieilles rancœurs jadis ressenties comme inexpiables entre la France et l’Angleterre ou la France et l’Allemagne appartiennent au passé. Corrélativement, en l’absence d’urgence ou de danger, l’élan, l’impératif, la pulsion vitale qui pousse chacun vers sa pleine réalisation personnelle ont fait passer au second plan le besoin d’appartenir et de participer à une collectivité.


    Cela veut-il dire qu’il n’y a plus de collectif dans notre société occidentale? Non, il y en a au contraire beaucoup : elle est structurée autour de nombreuses réalisations dont la vocation est fondamentalement collective : les gouvernements d’essence démocratique, le pluralisme politique, l'enseignement pour tous, la défense nationale, la police, la justice, les transports, le système de santé (Assistance publique, SAMU, protection sociale), les Mutuelles, le système des retraites par répartition, la poste et les télécommunications, la distribution de l’eau et de l’électricité… Chacun de ces organismes ou institutions est le fruit de la conviction et de la ténacité de nombreuses personnes qui se sont consacrées à la mise en œuvre de ces puissants instruments de la solidarité et de la cohésion sociales.


    C’est justement sur ce fond de structures solides qu’ont pu apparaître d’abord les richesses, puis les dérives et les excès de la pression individualiste : à savoir une multiplication, si foisonnante qu’elle en devient déroutante, des lieux de pensée, de création, de pouvoir, d’influence, de séduction dont chacun, logiquement, cherche avant tout pour lui-même la meilleure place au soleil.


    Les plus visibles de ces lieux de pouvoir trop souvent mal, ou pas du tout, arrimés à l’intérêt collectif sont les grandes entreprises industrielles et commerciales : leurs enjeux premiers ne sont pas le mieux-être du plus grand nombre, mais le bien-être financier de leurs patrons et de leurs actionnaires ; comparés à ce qu’ils étaient il y a cinquante ans, les moyens techniques qu’elles ont d’imposer leurs intérêts propres à la planète entière sont devenus redoutables. Les nations elles aussi sont plus ou moins séduites par l’aventure individualiste, mais il existe une instance régulatrice supranationale, alors qu’il n’y a pas d’ONU des entreprises et encore moins des mafias. J’imagine que chacun peut facilement trouver, dans sa propre expérience, des exemples concrets des effets de la glorification quasi exclusive des réussites individuelles : je veux dire le délitement du lien social ou même tout simplement des relations entre les personnes, et la montée des rapports de force, où apparaît en négatif ce que cette glorification maintient dans l’ombre : le fait que toute personne, si puissamment individuelle qu’elle soit, n’existe que dans son lien d’appartenance à la communauté humaine.


    Alors, quels collectifs pour les années à venir ? Ceux qui, conscient du ris-que de la fragmentation individualiste de nos sociétés, poseront - discrets, locaux, régionaux, nationaux… - un projet, un thème, un exemple fédérateurs, créateurs de liens. A mon sens beaucoup d’associations loi de 1901 portent déjà quelque chose de cet esprit, mais sans être forcément au plus près de la gravité des enjeux actuels. Ce qui est en effet particulier aujourd’hui me semble-t-il, c’est ceci : la crise mondiale aidant, on voit comment la culture unilatérale de la réussite personnelle débouche finalement sur des constats d’isolement, de vanité, d’absurdité, de décalage grave par rapport aux menaces intimes ou extérieures ; il faut donc en réaction des initiatives qui, en conscience et pas seulement enveloppées de bonne volonté, ouvrent des chemins de retrouvailles avec des pratiques concrètes de solidarité. Il s’agit de bâtir des projets qui ne peuvent réussir qu’à plusieurs et inscrits dans le service du grand nombre, non pas en freinant la réalisation personnelle de leurs acteurs, mais au contraire en rendant possibles des mariages fertiles entre les « Je » impérieux qu’encouragent les libertés individuelles et les « Nous » qui sont vitalement nécessaires à la cohésion collective.

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